Après un trajet de 3 heures sur le lac Titicaca, il est 13 heures 30
lorsque nous débarquons sur l’île Amantani
.

Nous allons passer 2 jours sur cette île où nous logerons chez l’habitant.

Chaque famille reçoit un petit groupe de visiteurs, en fonction de la place dont elle dispose.

Même si chacun (agence, capitainerie, chef de la communauté) se sert au passage, l’apport financier qu’amènent ces visites est loin d’être négligeable pour les habitants d’Amantani qui, nous pourrons le constater sur place, sont loin de "rouler sur l’or".

Ici aussi, ces jeunes femmes sont endimanchées. Mais rien à voir avec les jupes rouges, jaunes ou oranges et avec les coiffes excentriques des îles flottantes.

Sur Amantani, c’est la classe !

Ces jupes, chemisiers et châles magnifiquement brodés sont la tenue traditionnelle d’Amantani. La couleur des jupes détermine l’appartenance à l’une de 9 communautés de l’île.

Aussi étonnant que cela puisse être, ce sont les hommes qui effectuent ces broderies, ou plutôt les pères pour les offrir à leurs filles.

Dès que ces femmes quitteront leur foyer pour nous accompagner, elles enfileront ces costumes superbes.
Nous verrons plus tard, lors d’une cérémonie ne concernant en rien les touristes que nous sommes, que ce costume est effectivement toujours porté, sauf quand il laisse place au costume de fête.

Nous suivons Regina, une jolie jeune femme de 23 ans, déjà mère de 2 enfants.

Regina vit avec son beau père. Son mari l’a abandonnée pour aller vivre « à la ville ».

Malgré une grande gentillesse et un sourire permanent, Regina semble souffrir beaucoup de cette situation. Elle s'est résignée à demeurer seule pour le reste de sa vie et nous confira qu’elle ne croit plus aux hommes.

Nous apprécierons beaucoup cette jeune femme courageuse, généreuse et d’une grande humilité. Avec Hana, une jeune et sympathique Japonaise qui partagera la chambre de Candice, nous l’aiderons du mieux que nous le pourrons.

Depuis la petite lucarne de notre chambre,
la vue sur la campagne nous enchante déjà.

D’autres jeunes voyageurs sont logés dans l’autre aile, en face de la nôtre, et pris en charge par la belle-sœur de Regina.

Nous installons rapidement nos affaires dans l’une des chambres, propres et charmantes, à l’étage de la maison de Regina et de son beau père.

Regina est stressée.

Elle a pris du retard et n’a pas eu le temps de préparer le repas avant notre arrivée.

Sans perdre de temps, l’estomac dans les talons, nous entrons dans la petite pièce qui sert de cuisine à Regina.

Les légumes pour la soupe n’étant pas encore épluchés, Regina accueille notre aide avec soulagement.

Très prise par ses deux jeunes enfants, Regina n’a même pas eu le temps de ramasser les abas (fèves) qui s’ajouteront aux ocas (petites patates douces) et aux herbes aromatiques qui composeront une excellente soupe.

Pas de problème Regina. On y va !

Au milieu de cette jungle,
      comment trouver ces fichues fèves ?

Viens par ici, je crois que j’ai trouvé !

Chez Regina, le menu n’est guère varié. Et il en est probablement de même dans les autres familles.

Inutile de chercher la viande. Les habitants d’Amantani se disent végétariens.
Mais comment pourraient-ils manger de la viande bien trop chère pour leur faible pouvoir d’achat ?

Il y a bien quelques poulets s’ébattant dans les jardins, mais ils sont bien maigres…quand ils parviennent à rester en vie !

Anecdote : Couic… Adieu le poulet !

Le lendemain, alors que nous nous préparons à quitter la maison de Regina, nous entendons des petits cris derrière le muret.

Des femmes encerclent un enfant. Une poule gît sur le sol.

Le petit garçon de Regina, 2 ans, a serré un peu trop fort la pauvre poule. Il l’a étranglée - Gloups !

Personne ne semble s’offusquer, ni faire la morale à l’enfant. Et c’est avec le sourire que Regina et les autres jeunes mamans nous accompagnent pour le départ.

Chaque jour, midi et soir, le repas consistera en une soupe de légumes, une salade de concombres et carottes râpées et une infusion brûlante mais délicieuse de muña.

La muña est une plante très odorante (son odeur est très proche de celle de la menthe et son goût encore meilleur). Elle a de nombreuses propriétés comme celle d’apaiser ou de soigner les problèmes intestinaux.

Il est 15 heures

Nous pouvons enfin passer à table.

Après avoir étrenné la poutre de l’entrée avec le crâne, notre géant parvient à entrer dans cette cuisine minuscule et accéder à la table.

Regina est très ennuyée lorsque nous lui demandons de l’eau. Car ici, on ne boit pas pendant le repas. Mais surtout, l’eau, il faut la faire bouillir avant de la consommer.

Sur Amantani, la seule boisson consommée à part la bière vendue dans la petite épicerie de l’île, c’est l’infusion de muña qui, même bouillante, s’avère une boisson très désaltérante.

Nous adorerons cette infusion de plante sauvage qui pousse sur les collines ou parfois sur les fossés des routes que nous emprunterons par la suite.

Le repas est vite avalé car tout le monde a rendez-vous à 16 heures, plus haut dans le village,  pour une ascension vers le sommet.

Regina enfile de nouveau son joli châle et nous accompagne sur les sentiers de cette île si charmante.

L’ascension commence sur un chemin empierré qui, comme sur les autres îles, monte quasiment à la verticale.

Tirant déjà la langue, nous arrivons sur une place où attendent les différents groupes et les femmes responsables de chacun.

Les bonnets péruviens sont de sortie !

Et ces jeunes ont eu bien raison, car l’air est de plus en plus frais et nous regretterons amèrement nos cagoules et nos gants laissés dans la chambre.

Les jeunes femmes de l’île, quant à elles, ne semblent souffrir ni du froid, ni de la difficulté de monter, ni des pierres qui roulent sous nos pieds.

La pelote de laine dans un coin du tablier, tout en marchant et discutant, elles poursuivent leur ouvrage dès qu’elles quittent le foyer.

Si elles ne tricotent pas, elles filent la laine.

Tout en marchant, elles laissent la quenouille de bois frapper régulièrement le sol.
Celle-ci ne tombe jamais, ni ne s’emmêle, alors que les chemins montent ou descendent toujours piégés de trous ou d’énormes pierres.

Quelques minutes de repos et tout le monde repart.

L’ascension est loin d’être terminée.

 Car nous devons aller… là haut…


Bououou !

Le sommet de l’île est à 4000 m d’altitude.

En haut, à gauche et à droite du sommet, trônent les vestiges des deux temples, consacrés l’un à la Pachamama (Mère de la Terre), l’autre à Pachatata (Père de la Terre dont nous n’avions jamais entendu parler auparavant)

La randonnée vers ces ruines est des plus sportives et sans grand intérêt parait-il, si ce n’est la vue sur le lac.

Nous grimpons malgré tout, tentant péniblement de suivre le rythme de nos accompagnatrices.

Alors que nous approchons de ces ruines qui ne sont en fait que quelques tas de pierres, nous entendons de la musique et apercevons, au loin, un groupe de villageois qui descend vers le lac.

Sans hésitation, nous abandonnons le groupe.

Y aurait-il une petite fête par là ?... !

Des gens sont regroupés devant le muret de la chapelle qui trône sur le lac à flanc de montagne.

Un fête inattendue

Les costumes sont magnifiques.

Assises sur le sol, des femmes vendent les unes de la bière, les autres des brochettes de viande accompagnées de pommes de terre et d’une sauce épicée succulente.

Un groupe de musiciens joue, tandis que d’autres dansent.

Ces gens sont très accueillants et notre présence semble être appréciée.

Un groupe d’hommes nous convie à partager leur bière.

Avant de porter le verre ou la bouteille aux lèvres, chacun d’eux verse un peu de bière sur le sol, afin d’honorer Pachatata.

Dispersés sur un sac en toile, ces hommes ont même offert des billets de 100 ou 200 soles.

Sont-ce de vrais billets ? Nous n’en savons rien.

Sans oser poser la question, nous versons un peu de bière nous aussi avant de boire et leur offrons de se servir dans notre énorme sachet de pop-corn acheté un peu plus loin à un prix ridiculement bas, comme les brochettes ou la boisson.

Très classe l’écharpe sur la tête, ne trouvez-vous pas ?... !

Mais désolée, ça caille vraiment de plus en plus.

Et d’ailleurs, ne vous en déplaise, ici personne ne semble s’étonner de me voir porter cette étrange coiffe.

Il n’est que 17 heures 30 - La nuit tombe déjà.

Les gens dansent toujours.

Les musiciens ne semblent pas s’essouffler.

Par contre, la bière coulant à flot, la musique devient une véritable cacophonie.et les danseurs tournent dans une totale anarchie.

Hommes et femmes sont de plus en plus ivres.

Mais l’ambiance est extraordinaire et ces gens, du plus jeune au plus vieux, semblent au comble du bonheur.

Avec regret nous les laissons à leur liesse, enjambons le muret de pierres et prenons le chemin du retour.

C’est que nous devons redescendre tout ce que nous avons monté tout à l’heure !

Mais cette fois, nous n’avons plus d’accompagnateur et il fait nuit.


Arrivés dans le village, nous sommes perdus. Impossible de retrouver la maison de Regina.

Malgré le sens de l’orientation toujours infaillible de notre ours préféré, impossible dans cette nuit noire de retrouver le chemin qui mène à notre logis.

Nous n’y voyons rien et n’avons pas pensé à emporter nos lampes frontales.

Notre amie Hana est un peu inquiète. Pour ma part, je tremble à l’idée de me tordre le genou déjà en piteux état.

Heureusement, assez vite, nous croisons un jeune homme qui accompagne un autre groupe et nous met sur la bonne voie.

Nous apprendrons par Regina qu’elle a envoyé son beau père nous chercher. Mais lui aussi semble s’être perdu en route car nous ne l’avons jamais croisé.

Peut-être a-t-il trébuché sur une canette de bière ?... !!!

Nous rentrons morts de froid mais ravis d’avoir pu participer à cette fête typiquement locale.

C’était bien mieux que les ruines !

Les visages rougis autant par le froid que par les coups de soleil, nous nous jetons sur la bonne soupe brûlante de Regina.

Pendant ce temps, Regina a préparé le dîner.

Après dîner, nous devrions nous rendre à une fête avec orchestre, musique traditionnelle et danse, organisée cette fois pour les visiteurs.

Les invités sont conviés à porter eux aussi le costume traditionnel, prêté par les familles.

Pour nous, pas question de remonter la côte jusqu’à la place pour participer à une fête qui n’aura probablement rien de comparable à celle à laquelle nous venons d’assister.

Nous sommes épuisés par l’escalade de l’après midi et préférons profiter de nos bons lits moelleux.
D’autant que demain matin, nous devons nous lever à 6 heures.

Nous nous contentons d’aider nos jeunes voisins, d’humeur très joyeuse, à se vêtir.

Après de bons fou rires partagés avec ces jeunes, il est à peine 20 heures lorsque nous nous enfilons sous une tonne de couvertures, prenant soin malgré tout de conserver nos vêtements afin de nous protéger du froid glacial de la nuit.

Le lendemain…

Levés au chant du coq, en pleine forme après cette nuit calme, sans bruit de voiture et de musique de discothèque (cauchemar de notre nuit à Puno), nous procédons à une toilette très sommaire au seul robinet utilisable, dans la cour, où l’eau est des plus vivifiantes.

Et oui ! Rémy s’est encore cogné la tête.

Cette fois, c’est une poutre en béton qui a traversé la cour au mauvais moment (!!!)

Candice et moi, tellement accoutumées du fait, sommes mortes de rire du haut de notre balcon. Mais Regina est inquiète et s’obstine à vouloir soigner la plaie.

Puis elle retourne à ses fourneaux.

Pour le petit déjeuner, Regina nous prépare des pancakes.

Nous sommes gâtés car il est fort probable que les enfants de Regina ne mangent pas des pancakes tous les matins.
Mais les familles de l’île sont tenues de bien recevoir leurs visiteurs sous peine de ne plus percevoir cette aide financière si précieuse pour leur survie.

7 heures 45 – Le départ

Nous admirons une dernière fois ce paysage reposant avant de rejoindre la vedette qui nous attend sur la plage.

Une dernière photo avec Regina,
toujours la quenouille à la main.

Regina semble bien triste de nous voir partir.

Nous aurions adoré pouvoir demeurer plus longtemps sur cette île si reposante, avec cette population d’une grande simplicité et d’une si grande gentillesse.

Nous aurions aimé poursuivre nos discussions avec Regina, sur sa vie, sur les hommes, sur l’avenir de ces jeunes filles et jeunes femmes qui vivent sur cette île superbe mais très isolée.

Mais nous savons que le voyage apporte autant de rencontres inoubliables que de séparations douloureuses.

Nous espérons seulement que Regina trouvera l’amour, même si elle n’y croit plus, et surtout le bonheur qu’elle mérite.

Nous embarquons pour  une heure de navigation.

Dernière destination de ce circuit sur le lac Titicaca : Isla Taquile . . .

Ils fêtent la Pentecôte.

Un peu trop blanches les françaises.
Un peu trop grandes aussi.

Vous tenez vraiment à garder vos bonnets ?

Et les pantalons…
Ôtez-moi donc ces pantalons !

Elles viennent à la rencontre de leurs invités.

Dès notre arrivée, nous apercevons des jeunes femmes qui attendent près de l’embarcadère
ou descendent de la colline.

Devant notre bonne volonté évidente – nous avons très faim ! – Regina n’hésite pas à nous envoyer à la cueillette des abas.

Ça me rappelle Pâques, à l’époque où les cloches nous apportaient
des œufs en chocolat.

Sauf que le jardin de mon papa était beaucoup mieux tenu.

Quoi, les œufs ? . . . Mais non, les fèves, espèce de cloche !!!

Il ne peut s’empêcher de laisser trace de son passage.

Ouille... un peu bas de plafond !

 

 

 


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